Consigner, recycler ou jeter?

C'est tout frais dans les médias : on vient de publier une étude sur la question de la consigne des contenants au Québec. Plusieurs organisations ont réagi pour faire valoir leur position sur le sujet. De mon côté, j'ai voulu me faire ma propre tête là-dessus, alors j'ai retracé l'étude et je l'ai lue... et je vous en partage les grandes lignes, de un parce que ça touche tous les consommateurs, et de deux parce que si comme moi vous pensiez que la consigne sur les contenants de boisson est une question facile à régler... vous allez être surpris! Tout d'abord, il faut savoir que la consigne est efficace pour encourager le retour des contenants de boisson. Ainsi, 71% des cannettes consignées sont recyclées, contre 31% seulement pour celles non-consignées. Mais la consigne n'est pas le seul système qui existe. Il y a la collecte sélective (mieux connue sous l'expression « bac à recyclage »), la consigne différentielle (où le consommateur paie un montant de consigne, mais on lui en rembourse seulement la moitié, la balance servant à financer le système de recyclage), la poubelle, et ce qu'on appelle poétiquement « les déchets sauvages », soit le fait de jeter les contenants dans la nature. Que pensent les Québécois des différents systèmes de gestion des contenants de boissons? En majorité, nous croyons que la consigne est efficace pour encourager les gens à rapporter leurs contenants, donc réduire la pollution. Mais, la collecte sélective nous apparaît comme plus efficace pour réduire les déchets sauvages. Ensuite, nous pensons que le système de consigne devrait être élargi à tous les contenants de boisson recyclables, ce qui inclut les bouteilles de vin et de spiritueux. Finalement, nous sommes majoritaires à être prêts à se déplacer pour aller porter nos contenants dans un centre prévu à cet effet (plutôt que de se contenter de les rapporter à l'épicerie ou au dépanneur). Les chercheurs ont créé un modèle économique (très complet et complexe, je vous épargne les détails) pour mesurer différent scénarios. Que se passerait-il si on consignait tous les contenants? Si on abolissait la consigne et qu'on mettait tout dans le bac de recyclage? Et bien voilà, aussi surprenant que ça puisse paraître, d'un point de vue économique, il est plus avantageux de mettre tous les contenants de boisson au recyclage qu'à la poubelle, et plus avantageux de les mettre à la poubelle que de les consigner... oui, vous avez bien lu. Il est globalement plus viable de jeter vos cannettes que de les rapporter pour vous faire rembourser la consigne. Pourquoi? Parce que le recyclage via la consigne n'est absolument pas rentable. En faits, il faudrait que les redevances sur les matières recyclées soient 90x plus élevées qu'en ce moment pour que la consigne soit plus avantageuse que de tout mettre à la poubelle... Et en abolissant complètement la consigne, la société québécoise aurait 26,8 millions de dollars de plus dans ses poches à la fin de l'année! La consigne différentielle, quant à elle, ne change strictement rien. Cependant, d'un point de vue environnemental, la consigne permet de réduire énormément la quantité de déchets jetés, en favorisant le recyclage et la réutilisation des contenants. Par exemple, en consignant les bouteilles de vin et de spiritueux, il y aurait près de 70 000 tonnes de verre en moins dans les centres de tri ou au dépotoir. De plus, de l'avis de certaines organisations, la consigne apporte un revenu à plusieurs concitoyens, ne serait-ce que les itinérants qui ramassent les cannettes et bouteilles pour être en mesure d'assurer un minimum de subsistance... Du point de vue des brasseurs et des producteurs, des changements dans la consigne pourraient avoir des impacts significatifs sur la demande de certains produits. Si on abolit la consigne sur certains contenants seulement, ceux qui sont consignés pourraient être moins achetés (puisque les consommateurs préféreraient acheter un contenant qu'ils peuvent simplement mettre au recyclage plutôt que de devoir le rapporter). Finalement, du côté des détaillants, abolir la consigne serait une libération incroyable. Finie la responsabilité de récupérer et entreposer des contenants de bière sales et malodorants. Finie la gestion et le suivi des paiements de consigne... Bref, les enjeux sont multiples, et chacun crie à qui-mieux-mieux pour faire valoir son point de vue. J'ai bien hâte de voir quelles décisions seront prises par le gouvernement par rapport à la consigne... à suivre. À noter, Terroirs Québec a un permis de distribution de boisson gazeuse, ce qui nous autorise à vendre des boissons gazeuses en contenant à remplissage unique.

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